2017

ILS RACONTENT LEUR MILLÉSIME

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Lundi 13 novembre 2017

Domaine la Rochellierre | Retrouvez son témoignage 2016 2013 

Jean-Marie Fabre : "2017 : un millésime de vigneron".

Jean-Marie Fabre est président des Vignerons Indépendants (VIF) de l’Aude et vice président des VIF d’Occitanie. Il gère sur son domaine “La Rochelierre”, 15 ha en appellations Fitou, Muscat de Rivesaltes et en Pays d’Oc

Actu : Le domaine lance "A deux" , une nouvelle cuvée intimiste premium en AOC Fitou, qui met en avant le carignan (à 80%) et le grenache, deux cépages typiques de l'appellation.

Au domaine, les vendanges se sont déroulées pour le muscat sec, les blancs, les rosés, du 13 au 22 août 2017. Pour les cépages rouges, du 29 août au 20 septembre 2017.


Le millésime de toutes les possibilités météorologiques : précocité, sécheresse et gel.
Suite au millésime 2016 qui avait connu la plus faible pluviométrie depuis 20 ans, nous avons eu la chance d'avoir un automne et un hiver très pluvieux. De fin octobre 2016 à début juin 2017, il est tombé 630 mm alors que la normale à Fitou est de 400 mm. Soit une pluviométrie 30% supérieure à une année moyenne. Elle a par ailleurs été régulière et sans aucun épisodes méditerranéens majeurs et sans ruissellement. Le bénéfice est double : la plante s'est alimentée et les réserves dans le sol se sont refaites en partie. Grâce à ce printemps pluvieux et doux, le débourrement de la vigne a été très précoce. Dès le début du cycle végétatif, nous avons enregistré 15 jours d’avance.

En revanche, de juin à juillet, la vigne a subi une météo plus contraignante. Sans aucune précipitation, des température élevées et une évapotranspiration très importante, liée notamment à une tramontane dominante qui a soufflé comme rarement au mois d'août. Habituellement, nous avons plutôt des entrées maritimes et peu de vent.

Un début de vendange précoce
Je suis vigneron depuis 1998 et c'est la première année que je vendange si précocement les blancs et les rosés. La récolte a démarré 15 jours plus tôt, car la vigne a gardé son avance du printemps, sans avoir été retardé par des phénomènes climatiques. En revanche, nous avons fait une pause de 12 jours avant de vendanger les rouges. La sécheresse importante du mois d'août a retardé leur synthèse, comme en 2016. La concentration en sucre était importante, mais les maturités aromatiques et phénoliques n'étaient pas suffisantes. Il fallait savoir attendre pour pouvoir extraire le maximum de qualité de ce millésime. Finalement, nous avons terminé dans la moyenne des autres années.

Un gel exceptionnel
Parmi les autres phénomènes climatiques importants, soulignons l'épisode de gel exceptionnel fin avril sur notre département. Même mes parents et mes grands-parents ne l'ont jamais vu ! Sur nos 15 ha, une parcelle de 1 ha a été gelée à 70% et une autre a été impactée à 10 %. Parfois, la plante a redémarré. Au moment des vendanges, nous avons dû ainsi gérer trois temps de récolte différents. Avec les blancs et les rosés très précoces. Les rouges qui ont gardé un cycle normal. Et les parcelles gelées qui ont pris 15 jours de retard.

Le fléau des sangliers
Par ailleurs, comme chaque année, nous sommes touchés par le problème des sangliers. Ce phénomène s’accentue. On protège nos vignes avec des clôtures électriques. Et quotidiennement, nous les surveillons. Cette gestion nous demande un travail supplémentaire. Mais c'est la seule solution pour pouvoir récolter. Les indemnités, bien que nécessaires pour compenser les dégâts, ne sont pas une solution. Car au-delà de la perte quantitative, la qualité peut également en pâtir.

Un bon état sanitaire
Grâce aux bonnes conditions météo au moment de la fermeture de grappe et notamment de la véraison (à partir de début juin), on est sur un millésime qui sanitairement a été quasi parfait. La chaleur et la tramontane ont permis d'assainir la plante.

La plus petite récolte en Occitanie depuis 1945
Les volumes se situent légèrement au-dessus de la faible récolte de 2016, année basse, mais bien en dessous d'une année moyenne, à cause de la sécheresse et du gel. Globalement, dans notre région, nous sommes comme au niveau national pour les vignobles qui ont été gelés. Nous nous dirigeons vers la plus petite récolte depuis 1945, à savoir au lieu d'être entre 13,3 et 13,8 millions hl, nous serons autour des 10 millions hl, soit 30% de moins.

En cave, fraîcheur et complexité
En blanc et en rosé, la qualité est remarquable avec beaucoup d'arômes et énormément de fraîcheur. Malgré le stress de la vigne, les parcelles récoltées tôt dans ces couleurs, ont de belles acidités. Leurs profils aromatiques sont quasi parfaits.
Sur les rouges, c’est différent. Il a fallu être attentif à la maturité réelle des raisins. En les récoltant plus tard, nous sommes arrivés à tirer la quintessence de ce millésime. Étonnement, nous avons à la fois, une belle concentration et une belle acidité. Ces jus ont aujourd'hui un équilibre très intéressant. Entre fraîcheur et complexité. Avec des notes aromatiques épicées et de fruits noirs qui me font penser à un mix entre 2015 et 2016.


Jean-Marie Fabre, vigneron du Domaine La Rochelierre
(AOC Fitou et AOC Muscat de Rivesaltes.)