2017

ILS RACONTENT LEUR MILLÉSIME

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Vendredi 08 décembre 2017

Mas Peyrolle |

Jean-Baptiste Peyrolle :"Un millésime de vigneron récompensé par une qualité exceptionnelle".

Le Mas Peyrolle compte 12 ha - avec des plantiers - en appellations Pic Saint-Loup pour les rosés et les rouges, et Languedoc pour les blancs, cultivés en agriculture biologique.

Actu : Jean-Baptiste Peyrolle réédite sa cuvée confidentielle "Vigne Miau", millésime 2015. Ce vin, représentatif du terroir du Pic Saint-Loup est issu d'une sélection parcellaire de syrah et mourvèdre.

Une sécheresse désertique
Le millésime a très bien débuté grâce à un hiver pluvieux. Les nappes phréatiques se sont remplies. Le cycle a ainsi démarré avec des bonnes bases hydriques. Avec les chaleurs du mois de mars, la vigne a débourré très tôt. Or, le week-end du 20 et 21 avril 2017, une masse de courant frais a traversé nos vignobles. Ce gel a marqué les vignes. J'ai eu la chance d'être très peu touché, contrairement à certains proches voisins. Ensuite, jusqu'en juin, tout allait très bien. Mais la chaleur et la sécheresse se sont installées durablement. Soulignons que depuis mai, nous n'avons pas eu de pluies conséquentes. De ma jeune carrière de vigneron qui date du millésime 2008, je n'ai jamais vu un tel effet désertique.

2017 est un millésime de vigneron
Depuis plusieurs années, je bosse l'équilibre de mes vignes. Je leur donne à manger sous forme d'engrais organiques ou de compost. Ce gros travail a été récompensé cette année. Ma baisse de rendement n'est pas à l'image de mes collègues vignerons. Globalement, la chute annoncée est entre 30 et 40%. Pour ma part, elle se situe entre -5 et -10%. Précisément, mes rendements moyens sont normalement entre 35 et 37 hl/ha et cette année, ils sont entre 32 et 33 hl/ha.

Le problème des sangliers
L'équipe de chasseurs a fait un bon boulot. Je n'ai pas eu trop de dégâts comparativement à d’autres, alors que je n'ai pas encore clôturé. Pour l'anecdote, j'ai peut-être été épargné cette année, car j'ai mis mes chaussettes dans les vignes :-) Ils n'aiment pas l'odeur de l'homme. Mais, c'est un problème récurrent dans notre secteur à cause de l'urbanisme et de leur nombre croissant. Depuis que ces bêtes ont été croisées, les portées sont plus prolifiques et régulières. Ce matin (le 8/12/2017, NDLR) en faisant le tour des vignes, j'ai vu des traces absolument partout.

Un très bon millésime en cave
Lors des millésimes chauds et secs, les rendements baissent et les vins manquent également d'acidité. Or, à ma grande surprise - partagée avec d'autres vignerons - cette année, les jus sont équilibrés avec de superbes acidités. A titre totalement personnel, j'ai un très bon millésime en cave. Avec des blancs et des rosés sur un fruit très frais. Et des rouges, riches sans être lourds. Ils viennent de partir en barriques. Il va falloir les suivre de prêts, mais le potentiel est très beau. Ceux qui ont bien bossé, à défaut de quantité, se retrouvent récompensés par une qualité exceptionnelle.

Des solutions concrètes pour enrayer la sécheresse
Notre inquiétude aujourd'hui porte sur l'absence de pluie. Il faut absolument que d'ici trois mois, une partie des nappes phréatiques se remplissent. Où la prochaine campagne va être extrêmement compliquée.

Je fais un métier de longue haleine. Jusqu'à présent, je n'étais pas climatosceptique. Mais devant l'urgence, je mets en place trois solutions. Concrètement, je travaille en amont mes sols. C'est essentiel. Comme nous disons : "un binage vaut deux arrosages". Ensuite, je les nourris avec des fumures de fond. J'apporte plusieurs tonnes à l’hectare, de fumier et de matière végétale, pour modifier sensiblement la structure du sol et augmenter ainsi la capacité de rétention d’eau. Précisons que mes vignes sont sur des coteaux calcaires dans la garrigue. Et enfin, j'applique un précepte de mon père : “le renouvellement du vignoble est un travail lourd, long et onéreux, il est important d'en faire régulièrement". Son conseil me pousse aujourd'hui à planter des cépages capables de mieux résister aux saisons sèches. Mes prochaines plantations seront en blanc, la clairette et le carignan blanc. En rouge, le carignan et cinsault. Que des vieux cépages autochtones de nos aïeux, présents dans le cahier des charges de l'AOC Pic-Saint-Loup. Ils ont certes besoin d’eau aussi, mais ils résistent mieux. Il faut savoir s’adapter.

Jean-Baptiste Peyrolle, vigneron du Mas Peyrolle
(AOC Pic Saint-Loup et Languedoc)