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Jeudi 23 février 2017

Cépages resistants : 18 hectares de variétés Alain Bouquet plantées en 2018

L’expérimentation des variétés Bouquet en Languedoc ne démarrera qu’à très petite échelle en 2018. Les soixante viticulteurs dans les starting-blocks pour démarrer les essais, n’ont pas caché leur déception. Le dossier des variétés résistantes avance malgré tout.

L’engouement pour les variétés résistantes d’Alain Bouquet ne faiblit pas en Languedoc. Preuve en est, la participation massive des vignerons, ce mardi 21 février à Maurin, à une réunion d’information sur le programme d’essais initié par le CIVL, en partenariat avec l’Inra de Pech Rouge. La commission technique du CIVL  avait invité la soixantaine de vignerons, engagés dans ce programme d’essais, à une rencontre avec Christian Huygue, directeur scientifique de l’Inra et les représentants des chambres d’agriculture et de l’IFV, impliqués dans ce programme expérimental. Les viticulteurs, qui s’attendaient à une présentation des modalités concrètes d’expérimentation, sont restés sur leur faim et ont bien compris que la mise en place des essais n’était pas encore pour demain.

Seuls 18 ha pourront être plantés en 2018

Sur les 89 ha qu’ils souhaitent planter, seuls 18 ha pourront être plantés en 2018. En cause : le contexte réglementaire et les délais de multiplication des plants. L’arrêté de mai 2016 sur la nouvelle procédure de classement limite la surface expérimentale à 3 ha par variété sur tout le territoire français pour les variétés qui n’ont pas été reconnues DHS (Distincte, Homogène, Stable). Or, pour les sept variétés Bouquet retenues pour cette expérimentation,  la DHS est en cours et ne devrait être validée qu’en 2019. Une fois la DHS obtenue, les surfaces expérimentales autorisées passent à 20 ha par variété et par bassin de production. Mais là encore, les attentes des professionnels ne pourront toutes être satisfaites puisque les viticulteurs souhaitaient planter 37 ha de la  variété la plus demandée : la 3176-21-11 dont le dernier parent est un grenache. A ce frein réglementaire, s’ajoute les délais de multiplication des plants. Pour certaines variétés, l’Inra ne dispose pas suffisamment de pieds pour  produire les bois nécessaires à la multiplication des plants pour les surfaces demandées. Les viticulteurs, qui n’avaient pas connaissance de toutes ces contraintes lorsqu’ils se sont portés candidats à l’expérimentation, n’ont pas caché leur déception en découvrant  ces délais. «On est frustré. On avait prévu de créer un vignoble expérimental sur 5 ha pour tester six variétés Bouquet. C’est encore partie remise », confiait dépité, Jean-Michel Sagnier, président des Vignerons de la Vicomté d’Aumelas.

Le CIVL va établir un calendrier pour les attributions de plants

Comment seront sélectionnés les heureux viticulteurs qui pourront planter dès l’an prochain ? C’est ce à quoi va s’atteler la commission technique du CIVL, en partenariat avec les organismes professionnels. « Nous allons tenir compte de la représentativité des terroirs, de la taille des parcelles pour avoir des volumes suffisants et de la technicité des hommes. Puis on établira un calendrier d’attribution des plants ; pour certains, il va falloir patienter un ou deux ans, mais à terme, la plupart des demandes seront satisfaites », a précisé Guy Bascou, vice-président de la commission technique du CIVL.

Une dégustation des variétés Resdur d’ici deux mois

Profitant de la présence de Christian Huygues, les professionnels ont également réclamé une dégustation des variétés Resdur  développées par l’Inra de Colmar. Initié en 2000, ce programme de sélection de variétés dotées de plusieurs gènes de résistance aux maladies, est mené tambour battant par l’Inra. Des demandes d’inscription au catalogue sont en cours pour 30 de ces obtentions (4 Resdur 1, 26 Resdur 2). «Pour la vigne, on prend des risques qu’on n’a jamais pris pour aucune autre espèce végétale. Nous mettons énormément de variétés en multiplication ce qui représente un risque financier important.  Il y a aujourd’hui une très forte attente des vignerons, nous en sommes conscients et c’est une bonne chose », a précisé Christian Huygue.

Ces vins issus de ces variétés Resdur sur lesquels l’Inra mise tant, n’ont jusqu’ici, jamais été pu être dégustés par les professionnels de la région. Ce sera prochainement chose faite, Christian Huygue s’y est engagé. Le  CIVL organisera d’ici deux mois une dégustation des variétés Resdur.

Malgré des lenteurs, le dossier des cépages résistants progresse. La possibilité de tester les variétés Bouquet, encore inenvisageable l’an dernier, en est la preuve. La prise en main par l’interprofession n’y est certainement pas étrangère. Hier, tout le monde était à l’unisson sur un point : l’innovation variétale en viticulture est un enjeu majeur des prochaines années.


[ Source Vitisphere ]