Mercredi 06 avril 2016

Semaine chargée pour le vignoble français. Chargée d’attentions à Bordeaux, chargée de tensions dans l’Aude.

En Gironde, les dégustations en primeur du millésime 2015 battaient leur plein. L'occasion d'un nouveau souffle pour les propriétés. Soulagées par l'accueil réservé à leurs cuvées, elles se projettent déjà sur le niveau de hausse de leurs prix. Si des metteurs en marché se positionnent sur de probables allocations, ils appellent déjà à la modération tarifaire. A les écouter, les grandes étiquettes doivent sortir de leur morgue pour faire cesser le dénigrement baptisé "Bordeaux bashing". La fenêtre de tir s'annonce serrée pour renouer avec les prescripteurs, et, in fine, les consommateurs.

A la frontière espagnole, des vignerons audois et pyrénéens ont organisé une action coup de poing dont les images ont fait le tour du monde viticole. Les photos de camions citernes arrêtés pour être vidés de leurs vins impressionnent. Elles témoignent aussi d'un désespoir languedocien qui s’est déversé avec des hectolitres de vin sur la chaussée. Dénonçant une concurrence déloyale, cette opération commando est vue comme une déclaration de guerre viticole de l'autre côté des Pyrénées. Déjà au bord de l'explosion avec l’épisode rocambolesque du "vin chilien partenaire officiel du Tour de France", cette colère passe désormais à l'action. Et inquiète plus qu'elle n'apporte de solutions.

Une semaine bien différente, pour deux mondes a priori bien distincts. Mais la tendance pourrait s'inverser la semaine prochaine. Le Languedoc-Roussillon organise ses dégustations "terroirs et millésimes" et espère montrer un visage serein et ouvert, pour mieux accélérer sa stratégie de valorisation. A Bordeaux, les propriétés vont devoir prendre leurs responsabilités et réfléchir aux prix 2015, scrutées par la place et la pression du Bordeaux bashing. Un problème de riches diront sans doute les Audois. Une question de stratégie concurrentielle rétorqueront les Girondins. Dans les deux vignobles, la résolution de ces épineuses équations commerciales se jouera par l'équilibre entre chauvinisme assumé et compétitivité internationale.

[ Source Vitisphere ]