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Vendredi 04 mars 2016

Précocité et sécheresse exceptionnelles

Dans le vignoble languedocien, l’inquiétude gagne. Le débourrement annoncé avec 20 jours d’avance et l’important déficit hydrique font craindre une faible récolte 2016.

C’est du jamais vu. « Au 20 février, sur mes parcelles de Chardonnay, j’ai 50% des bourgeons qui sont déjà gonflés. Il y a même des baguettes où les feuilles sont sorties et sont déjà au stade trois feuilles étalées ». Mathieu Azema n’en revient pas. Installé depuis 15 ans avec trois associés sur un domaine de 42 ha à Ginestas, il n’a jamais observé pareille précocité. François Boyer, conseiller à la Chambre d’agriculture de l’Aude, confirme. « Dans la partie sud du Minervois, sur les cépages les plus précoces, on en est au stade « bourgeons dans le coton, pointes vertes » sur à peu près un tiers des surfaces. Si ce temps doux persiste, c’est l’ensemble des cépages précoces qui atteindront très vite ce stade. C’est inquiétant parce que les viticulteurs n’ont pas fini de tailler. Un débourrement si précoce accroît considérablement les risques de gelée de printemps. Nous pouvons avoir des températures négatives jusqu'au mois de mai », s’inquiète-t-il.

Avance de 20 jours

Dans sa note du 14 février, l’ACH (Association climatique de l’Hérault), constate, à travers la mesure de l’indice de Pouget, une avance de 20 jours par rapport à l’année dernière. «Si ces conditions thermiques continuent, 2016 sera le millésime le plus précoce jamais enregistré», précise l’ACH. La précocité n’est pas la seule source d’inquiétude des viticulteurs languedociens. La sécheresse qui sévit depuis les vendanges est encore plus alarmante. Les zones les plus touchées sont le Biterrois, le Piscénois, le bassin de Thau et les Hauts Coteaux. Dans ces secteurs, le cumul de précipitations entre octobre 2015 et janvier 2016 est souvent compris entre 60 et 120 mm, le déficit hydrique se situe entre -60 et -80%. Ces cumuls sont globalement très proches de ceux enregistrés sur le millésime 2014, qui avaient engendré une baisse très conséquente des rendements (jusqu’à 40% localement). « Depuis le mois d’octobre, nous avons eu que 70 mm de pluie. C’est très préoccupant, d’autant que nous avons des problèmes de salinité », confie Arnaud Lupia, le président de la cave coopérative de Sérignan. « Dans les vignobles irrigués, on va limiter la casse, mais en zone sèche, on s’attend au pire », lâche François Boyer. Gel et sécheresse seraient un bien mauvais scénario pour le millésime 2016.   

 

[ Source Vitisphere ]