Vendredi 22 janvier 2016

Philippe Richy explique le vin aux consommateurs

IL est rare qu'un vigneron s'adresse directement au consommateur. Philippe Richy, à la tête du Domaine Stella Nova, publie « le vin décomplexé ». Un ouvrage d’une centaine de pages à l’usage des consommateurs novices.

Les consommateurs, Philippe Richy les connaît. Après 15 ans passés à leur présenter ses vins sur les salons, il a une vue plutôt tranchée sur l’état des connaissances des Français sur le vin. « Ils n’y connaissent rien ! » constate celui qui a plus d’une anecdote dans son sac. « Il y a celui qui a un peu plus d’assurance que les autres et qui vient sur un salon avec ses copains. Il leur raconte tout et n’importe quoi, les autres acquiescent » s’amuse Philippe Richy, qui, mi-dépité, mi-amusé, assure avoir entendu dire que « la terre du pinot noir : c’est Languedoc ! ».

Améliorer les connaissances

Alors pour remonter le niveau culturel dans les allées des salons, des linéaires et chez les cavistes, le vigneron s’est dit qu’il prendrait bien la plume. Il lui aura fallu un an et demi de travail pour traiter de la quarantaine de questions qui « sont toujours les mêmes ». Sa seule ambition : arrêter de dire n’importe quoi et reprendre les bases. « Dans la littérature sur le vin, qui est pourtant prolixe, il n’y a rien pour éduquer le consommateur et lui mettre le pied à l’étrier. J’ai simplifié au maximum. A priori, il n’y a rien que l’on ne puisse pas comprendre ». Philippe Richy répond donc aux questions essentielles comme « comment on fait du vin rouge ?», « comment éduquer son palais ?». Il évite le superflux. « Donner la liste des AOC, cela ne sert à rien. Les consommateurs s’en fichent ! ».

"Je rencontre des tas de mecs dont la femme est allergique au SO2 "

En revanche, il essaie de tordre le cou à certaines idées reçues. C’est le cas pour les vins sans sulfites. « Avant que l’Europe ne se soucie de cet additif en 1995, tout le monde s'en moquait » constate Philippe Richy. Mais, depuis, « c’est l’ennemi numéro 1. Je rencontre des tas de mecs dont la femme est allergique au SO2 ». Le vigneron revient alors sur le fait qu’il n’y a que des intolérances avérées à cet additif (et pas d'allergie) et qu’il est utilisé dans de nombreux aliments comme le saucisson qui, bizarrement, ne donne pas mal à la tête comme le vin blanc.

Au-delà de cette volonté d’apparaître très accessible, Philippe Richy pose également les bases d’une réflexion : celle de l’avenir du vin et du goût. Avec d’un côté des vins qui recherchent l’expression d’un terroir et de l’autre des vins standardisés, « je ne sais pas quel sera le marché demain ». Et cela pose une vraie question qui n'est pas une question de consommateur béotien : « aujourd’hui, quand on s’installe, quelle voie choisir ? ». Philippe Richy envisage d'y revenir et prévoit déjà un prochain opus.



[ Source VITISPHERE ]